Cette œuvre installée dans le square de la route d’Eschbach (voir plan) a été réalisée en 1998 par l’artiste Jean Claus et acquise en 2003 par la Ville de Munster grâce au soutien de la Région Alsace, du Conseil général du Bas-Rhin et du Conseil général du Haut-Rhin.
Elle fait partie de la route de l’art contemporain en Alsace.
Fibre de ver, polyester.
« Une lourde torpeur envahit ses membres, une mince écorce ceint sa délicate poitrine, ses cheveux poussent en feuillage, ses bras s’allongent en rameaux; ses pieds, il y a un instant, si rapides sont fixés au sol par de solides racines, la cime d’un arbre occupe sa tête; de sa beauté, ne demeure que l’éclat. (...) » (1).
Cet extrait narre la mésaventure du dieu Apollon face à ce qui fut, dit-on, son premier amour, la naïade Daphné. Fuyant les assauts du dieu, Daphné, réfractaire à toute idée d’amour et de mariage, refusant même ces ardeurs divines, fut contrainte d’invoquer son père qui la métamorphosa en laurier: en grec laurier se dit « daphnê ». Nous sommes donc à l’image d’Apollon, ébahis de cette subite transformation. Jean Claus, démiurge, sculpte et fixe cette apothéose: Daphné semble épanouie, elle nous expose fièrement sa parure. On ressent chez le sculpteur ce long travail de la matière générateur de formes, car la nymphe, bien que scellée au sol par un lien végétal symbolique, reste svelte. Elle érige son corps nu vers le ciel pour placer encore plus haut son auréole. La statue polychrome est monumentale, outre la parure végétale de laquelle émergent les fleurs d’un rose délicat, Jean Claus réussit le tour de main d’utiliser des matériaux plastiques. Matériaux modernes pour une Daphné intemporelle. Il faut dire que Jean Claus construit inlassablement son panthéon en cultivant les références aux mythologies antiques qu’il renouvelle et transforme pour nous raconter les histoires de sa propre mythologie. Il «érige ses idoles polymères, chimie sophistiquée de l’être au monde» (2).
Le square sied bien à Daphné : à une certaine distance des hommes, proche de la nature. Car, à l’image d’Artémis, Daphné est une chasseresse farouche, indépendante, préférant à la société humaine une vie sylvestre solitaire. Profitons donc qu’elle soit là pour l’admirer, et mieux vaut contempler Daphné que Diane, sans quoi, pauvres Actéons, nous serions transformés en cerfs!
Philippe Weiss
Site du Centre Européen d’Actions Artistiques Contemporaines : http://www.ceaac.org
(1) Les Métamorphoses d’Ovide: Livre I
(2) Jean Claus, L’échappée de Styrène. Idoles, temples et autels domestiques polymères, 2000.